Univers
... perseverare diabolicum
16/06/2006
« D'autres mortels, incapables de maîtriser leur terreur, tentent une percée, jusqu'en contrebas de leur piédestal : la chute n'en est que plus rude ! À peine entament-ils un ballet d'estocades que des mains les saisissent, tandis que des marteaux, des haches et des dagues les équarrissent sans aucune propreté.
Au sommet de leur retraite un Saint Homme, qui accompagnait cette vague de mortels, harangue les siens. Prie son Créateur pour qu'Il intervienne. Un damné de la Colère s'approche de lui, chassant ses congénères d'un grognement - qu'il appuie de larges mouvements du fléau qu'il a en guise de bras.
Alors le Ciel, si je puis dire, se manifeste.
Lueur qui oscille entre le vert émeraude et le bleu de l'océan des mortels. Qui descend à nous, avec une lenteur toute calculée. En chœur les damnés reculent humblement, s'éloignent de ce Saint Homme en larmes. Sans pour autant oublier les blessés et les agonisants : des tripes volent, des os sont brisés, plus d'organes encore répandus.
Puis, alors que mes recrues se lâchent, elle apparaît. Grâce divine, sensuelle, qui soulève les cendres et les éparpille en tourbillons lointains. Sous mes sabots le sol n'est plus qu'un amas compact d'ossements calcinés, je laisse mes yeux glisser sur ses courbes, ses seins resplendissants, ses hanches généreuses. Auréolée de cette seule splendeur, la symétrie de son doux visage à peine entamée par les barbelures qui y poussent, elle rejoint le missionnaire. Son opposé, pour ne pas dire un pauvre reflet : le mortel est vieux, usé. Une barbe hirsute tombe de désarroi sur sa bure élimée. Amorphe, ne sachant plus à quel Saint se vouer, le religieux la contemple. La désire, certainement.
Il n'en brandit pas moins un crucifix, plus par habitude que par conviction. L'apparition embrasse affectueusement l'objet, y déposant ses lèvres comme sur celles du Créateur. Dans l'espoir, qui sait, de l'empoisonner comme son baiser ronge la croix. Lui tombe enfin à genoux. Elle lui caresse le front, devine la bosse qui déforme sa bure, à l'entrejambe. Elle me fixe, je la salue, à l'instar de la troupe, dont les genoux baignent dans le sang frais.
Au loin, à nouveau, la foudre gronde ; une fois de plus le Styx est désacralisé. Pour ne pas dire brutalisé. Je n'en ai cure, car, par-dessus, elle est là. Asaliah, mon Ange Rebelle, ma Déchue, mon chérubin tant aimé. D'un geste hésitant je présente la paume de ma main, le trophée vidé de son sang qui s'y trouve. Elle approuve d'un hochement de tête, congédie d'un geste les damnés. Caresse de l'autre le front du mortel qui a survécu.
Bien malgré lui. »
