Univers
Incipit Trageodia
30/06/2006
« … toutes les langues, te dis-je ! Jusqu'au plus obscur de vos patois, aucun dialecte ne m'est étranger. Alors à quoi bon prier, Padre ? Ressaisis-toi, contemple les Enfers, apprécie les désolations qui s'offrent à toi. Que vois-tu ? Des friches calcifiées, où des arbres buveurs de sang résistent au passage du temps ; au loin une Cité Franche, où nous nous rendons !
Que crois-tu ? Je les comprends, tes simagrées de cureton, alors cesse donc de réciter ces psaumes ! Oh, ne me dévisage pas ainsi que tu le fais : j'entends tes pensées, je les devine qui te martyrisent. À quoi bon se prétendre ambassadeur infernal, sinon ? Allons, marche donc, tu nous ralentis. Quoi encore ? Qui suis-je ? Dois-je également t'initier aux règles les plus primaires de l'étiquette ? Tout prisonnier que tu es, je regrette ne pas savoir ton nom - ne compte pas sur moi pour t'apprendre le mien, Padre !
Tes pieds saignent.
Je t'avais pourtant dit de troquer ces sandales contre les bottes de tes ouailles mortes. Ici le sol n'aspire qu'à pomper tes fluides. Que veux-tu savoir, au juste ? Avance donc, nous sommes attendus ! Ce n'est pas une visite de courtoisie, le temps presse.
Ainsi donc tu es curieux à ce point. Laisse-moi te renseigner : je ne suis ni duc des Enfers ni le Grand Cornu en personne. C'est à peine si j'en ai un jour vu l'ombre ! Non, les miens ne sont que de vulgaires marchands. Un peu comme celui de Venise, ai-je envie d'ajouter. Une livre de chair, sans cartilage, une livre et pas plus - c'est ce qui est écrit, non ?
Nous troquons, nous échangeons, toujours pour le compte d'autrui. Rares sont ceux qui marchandent en leur nom propre. Nos employeurs requièrent toujours plus d'âmes, afin de mieux consolider leurs piédestaux. Il faut aller les quêter, ces esprits. Jusqu'à la surface de ton monde, Padre. Répondre à ces mortels qui nous invoquent, ravir leur raison, en récolter le miel. Ou bien s'introduire dans les solitudes, à ces heures où vous croyez que nul ne peut ouïr vos pensées. À l'affût d'un égarement, même anodin. Du plus saint au plus dépravé, nul ne nous échappe.
Nous sommes la voix qui ébranle les certitudes.
Eh, ne chois pas ainsi ! Je te veux vivant, l'ami, pas en lambeaux ! Si tu venais à glisser dans ce fleuve c'en serait fait de ma réputation ! Tu fais les yeux ronds, Padre, je te sens embarrassé. Et lâche donc ce crucifix, il pourrait froisser nos hôtes. Non ? Bon, comme il te sied.
Sache seulement que si nous fauchons les âmes, il nous arrive également de rassembler des damnés sous la bannière de notre maître. Appâtant les citoyens infernaux à l'aide de ces mortels, si délicieux, si frais et pleins de vie. Il arrive que nous promettions des âmes en guise de solde - parfois les temps sont difficiles ! Il m'est par deux fois arrivé de contracter quelque dette. Mais lorsque le conflit éclate il nous faut faire promptement ! Enrôler succubes et damnés, pour survivre à cet épisode sanglant. C'est pour cela que nous avons été ainsi faits : puissants et insidieux. Si nos griffes écharpent n'importe quel cuir, c'est afin de réduire en charpie nos adversaires.
Ce métier est dangereux, crois-moi, mais essentiel. Au jour où plus aucun mortel ne nous offrira son être, les fondations mêmes des Enfers trembleront ; privés de leur monnaie, leurs jeux de faveurs éventés, les Démons s'entredéchireront. Il faut bien s'occuper, que Diable ! Voilà pourquoi nous sommes destinés à réussir, ou à périr. Et c'est la raison pour laquelle le Porteur de Lumière nous accorde sa protection ; pour qu'aucun plomb, aucune rapière ne nous malmène.
Relève-toi, Padre. L'heure approche, et les portes de la cité également ; tu ne les devines plus, ces tours jetées vers la voûte, tu les vois. Noires et pourtant chatoyantes. C'est dans l'une d'elles que nous nous séparerons. L'un de mes deux créanciers nous y attend le pied ferme ; je le sais qui s'impatiente et s'emporte facilement, hâtons le pas - escarres ou non ! Ce soir je te laisse à ses soins.
Et tes prières n'y changeront rien ! »
Commentaires
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par Ailéan
A chaque ligne on se sent un peu plus impregner par le souffre et les flammes de Enfers, mon Dieu (personna non grata ici) encore.
05/07/2006 - Mr
par vanghard
Abysus Abysum Invocat ah...le marchandage d'ame recolté a la main et avec soin selon les même technique depuis des milliard d'année... Votre padre Sans colorant ni conservateur(les bottes l'aurai conservé en meilleur etat mais on fait du bio ou pas faut savoir...)Est commandable sur notre HOTline...au 0-666-666-666...
